Au violon
Le bagne, face sombre de la Guyane
« C’est le bagne ! » L’expression n’a pas disparu du vocabulaire… Les véritables conditions de vie des bagnards ont été révélées par le plus célèbre des journalistes, Albert Londres, qui contribua à leur fermeture par ses articles incisifs. « Au bagne », publié dans la foulée, dresse un portrait terrifiant d’une institution qui sévit de 1852 à 1953.
Infos : www.guyane-amazonie.fr
C’est en 1923 que le reportage d’Albert Londres est publié sous forme de feuilleton dans Le Petit Parisien accompagné de photos. Un événement dont l’écho est considérable, tant au niveau des médias que du public et qui a conduit à sa fermeture définitive.
Progressivement, une politique de valorisation des sites pénitentiaires a été mise en place par la direction des Affaires culturelles de Guyane, permettant de convertir d’anciens pénitenciers associés à une mémoire douloureuse en des sites touristiques et mémoriels de première importance.
C’est le cas de Saint-Laurent-du-Maroni, édifiée pour et par les bagnards, qui a reçu le label de « Ville d’art et d’histoire » en 2005. Le camp de la Transportation a, lui, été classé au titre des monuments historiques en 1995 et il a fait l’objet d’une restauration importante qui permet aujourd’hui aux visiteurs grâce à la bibliothèque, centre d’archives, salle d’exposition, etc., de connaître l’histoire des bagnes de Guyane.
Crédit photo : « Bagne Saint-Laurent-du-Maroni » – © CTG
Quelques chefs-d’œuvre méritent le détour, comme la chapelle de l’Ile Royale, décorée par le forçat Francis Lagrange ou l’église Saint-Joseph dont l’œuvre peinte réalisée par Pierre Huguet est également classée. Les faits bouleversants révélés par Albert Londres nous plonge au cœur de la détresse de ces hommes condamnés à l’exil en Guyane, vivant dans la promiscuité la plus sordide et soumis au sadisme des gardiens, souffrant continuellement de la faim. Malheur ajouté au malheur : ils sont soumis au « doublage » qui les oblige à demeurer en Guyane à la fin de leur peine pour un nombre d’années égal à celui de leur peine initiale, et à perpétuité pour les peines de plus de sept ans, ce qui révulse le journaliste : « Le jury, ignorant, condamne un homme à deux peines. Le but de la loi était noble : amendement et colonisation, le résultat est pitoyable : le bagne commence à la libération ». Des îles du Salut (Royale, Saint-Joseph, du Diable) aujourd’hui première destination touristique de la Guyane, Albert Londres souhaitait qu’elles fussent débaptisées : « Ce n’est pas le salut, là-bas, mais le châtiment ! » (…) « Je rêve encore chaque nuit de ce voyage au bagne. C’est un temps que j’ai passé hors la vie. Pendant un mois, j’ai regardé les cent spectacles de cet enfer et maintenant ce sont eux qui me regardent. ». Quel contraste, en effet, entre l’environnement idyllique des îles illuminées de soleil au milieu d’un océan bleu azur et les baraquements témoins qui subsistent…
Crédit photo : « Panneau Histoire du bagne – Iles du Salut » – © LECT Guyane
D’autres vestiges sont disséminés sur l’ensemble du littoral guyanais, notamment sur l’Îlet la Mère aussi appelé « l’île aux singes », Kourou (tour Dreyfus, ancien débarcadère, camps annexes de Pariacabo et de Guatemala, etc.), Montsinery-Tonnegrande (bagne des Annamites), Ouanary (ancien pénitencier de la Montagne d’Argent), Saint-Jean-du-Maroni (camp de la relégation), Apatou (camp de la Forestière) et Awala-Yalimapo (camp des Hattes). Ainsi, loin de se limiter au seul Ouest guyanais, c’est la presque totalité des communes du littoral qui accueillent sur leur sol des vestiges pénitentiaires susceptibles de figurer au patrimoine mondial de l’humanité.
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